La typographie au XIXe siècle

Cours par date, Février, Histoire, Typographie | Samedi 14 février 2009 15:53





Le monstrueux, l’hybride et le difforme

Le XIXe siècle a vu se développer une culture du spectaculaire, du cirque, des foires, des freak shows et autres mises en scène de l’étrange, de l’anormal ou de l’exceptionnel. Cette fin de siècle protéiforme sur fond de révolution industrielle marque aussi - en Angleterre d’abord puis dans le reste de l’Europe - la naissance de l’affiche de réclame, objet de communication mettant en scène, à l’image de cette culture hétéroclite, un matériau typographique qui va faire l’objet de toutes sortes d’hybridations. Qu’ils soient composés de styles de différentes époques, déformés à la limite du lisible, surchargés de greffes en tout genre ou de décorations exotiques, croisés entre eux jusqu’à devenir méconnaissables, les caractères typographiques des affiches du XIXe siècle relèvent - en regard d’une tradition typographique attachée à la « belle forme » - du monstrueux et du difforme. Il s’agit alors d’explorer les hybridations stylistiques d’une époque en mutation, sujette à l’influence de cultures étrangères et d’imports en tout genres (campagne d’Égypte de Napoléon, ouverture des liens avec la Chine, explorations, inventions et imaginaires divers mis en scène lors des expositions universelles), dont les symptômes, loin de se limiter au domaine de l’architecture ou du mobilier sont plus qu’ailleurs à chercher dans la richesse des formes typographiques.

Les transformations sociales, économiques et politiques.

Le XIXe siècle est une époque charnière, qui annonce la modernité et les avant-gardes du début du XXe. La société occidentale fait l’objet de transformations en profondeur - politiques et économiques - et par conséquent artistiques.
Les révolutions industrielles - on peut préférer le terme “industrialisation” - se caractérisent par trois types de transformations : agricole, démographique, industrielle. La Grande Bretagne est le premier pays concerné.
Ces vagues d’industrialisation sont caractérisées par le passage d’une économie agraire à une économie / société industrielle. Le développement des villes s’accompagne d’une division progressive du travail et d’une certaine forme de monopolisation des activités. Norbert Elias parle d’un « processus de civilisation » procédant d’une différenciation progressive des fonctions sociales. (Il prend en exemple la monopolisation de la force militaire et policière) Cette différenciation est accompagnée d’un principe d’autocontrainte de l’homme « civilisé ».



La division du travail affecte de la même manière la chaine de l’édition et donc le domaine de l’imprimerie. Les cadences s’accélèrent. Le développement de la presse et l’augmentation des tirages - requis par l’augmentation d’un lectorat de plus en plus “alphabétisé” - est rendu possible par les innovations techniques (presses en métal, mues par la vapeur, mise au point des machines Linotype et Monotype peu après 1880, etc…) et par la réorganisation des méthodes de travail. Ces nombreux facteurs entrainent un changement de statut du caractère typographique lié a ses nouvelles fonctions (annonces publicitaires, presse à grand tirage, etc). Consécutivement : apparition de nouvelles formes typographiques (didones ultra grasses, mécanes, caractères ornés… et linéales).



Les modes et les goûts

Thibaudeau appelle ces caractères des “égyptiennes”. Le terme semble faire référence à un goût pour l’Egypte, qui se répend en Europe avec les collections de musées enrichies par les objets rapportés des campagnes archéologiques. La campagne d’Egypte de Napoléon est un bon exemple : cette expédition militaire destinée à conquérir l’Egypte pour concurrencer l’expansion de l’empire britannique est aussi une expédition scientifique qui mobilise historiens, archéologues, artistes, etc.
Les expositions universelles par ailleurs, vitrines technologiques des différentes nations, événements géants qui exposent le nouveau, l’exceptionnel sont des occasions de mettre en valeur les prouesses techniques nationales (métro de Paris, tour Eiffel, etc.) Ci dessous : un pavillon de l’exposition universelle de 1867 à Paris. Le XIXe siècle offre ainsi à voir une diversité de styles en concurrence, diversité qui se prolonge dans le champ de la typographie.




Historicisme : une remarque sur la notion de revival

Une partie du XIXe siecle semble tournée vers le passé. La tendance “revival” - dont on parle en architecture - produit dans le domaine de la typographie des formes très directement inspirées des caractères des époques précédentes. Mais, à la différence de l’architecture ou du mobilier, cette tendance est aussi motivée par les adaptations techniques liées aux évolutions de la “composition” : le passage de la composition chaude à la photocomposition, puis au numérique par exemple, nécessite de redessiner les caractères à chaque étape. Cependant, redessiner un Garamond au XIXe prend un sens complètement différent.

Cette question est à rapprocher de la nouvelle de Borges, Pierre Ménard, auteur du Quichotte (1939). Dans cette nouvelle, Pierre Ménard envisage, au début du XXe, de réécrire le Don Quichottes de Cervantes (une partie seulement). Le contexte cependant semble ici quasiment plus important que l’œuvre. Quichotte écrit au XVIe et Quichotte écrit au XXe, mot pour mot, n’ont pas le même sens.


Un commentaire »

  1. Comment par Antouziast — 16/02/2009 @ 10:41

    Merci pour cet article ! J’ai étudié la période du XIXème siècle en cours (je suis en première) et j’ai trouvé que les remarques étaient judicieuses ! L’approche typographique est très intéressante ! Bonne journée !

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